Il y a quelque semaines, je vous parlais des régions plus ou moins exposées au changement climatique. En creusant le sujet, je suis tombée sur le site Géorisques, qui permet de repérer en deux clics les risques naturels directement chez soi. J’ai un peu traîné dessus (oui, chacun ses loisirs).
Et là, en scrollant tranquillement, je tombe sur ce terme un peu obscur : retrait-gonflement des argiles.

Ma première réaction : pardon, c’est quoi ENCORE ce truc ? Les sécheresses et les inondations, c’était pas déjà suffisant ?
Malheureusement, oui, c’est un vrai sujet. Plus de 10 millions de maisons individuelles sont situées dans des zones à risque et 55 % du territoire français est concerné (risque moyen à fort).

Qui sait, vous en faites même peut-être partie ?
Je vous explique tout, avec l’aide de Sébastien Gourdier, géotechnicien au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) (merci à lui).
C’est quoi au juste ?
Un sol argileux se comporte un peu comme une éponge.
Quand il fait sec → il se rétracte.
Quand il pleut → il gonfle.

Comme une éponge, je vous dis.
Ce phénomène s’appelle le retrait-gonflement des argiles.
Le problème, c’est que ces variations font bouger le sol sous les maisons. Résultat : des mouvements de terrain peuvent fragiliser les fondations et provoquer des fissures, affaissements… voire rendre un logement inhabitable dans les cas les plus graves.
Le lien avec le changement climatique ?
Le changement climatique aggrave clairement le phénomène.
Pourquoi ? Parce qu’il multiplie les événements extrêmes : longues sécheresses + fortes chaleurs + pluies intenses → les sols argileux gonflent et se rétractent de plus en plus, parfois en profondeur → les bâtiments se fragilise encore plus.
Les dégâts pourraient augmenter de + 44 % à + 162 % d’ici 2050 selon les scénarios climatiques. Oui oui, vous avez bien lu.
Et on ne pourra pas y échapper. Il va falloir adapter nos constructions (neuves comme existantes) pour limiter les dégâts. Notamment les maisons individuelles, qui sont les habitations les plus vulnérables.
Concrètement, je fais quoi ?
Il y a trois cas de figures. Choisissez celui qui correspond à votre situation !
Je veux éviter d’acheter un terrain à risque
Passez par le portail Géorisques puis renseignez l’adresse, la parcelle cadastrale ou regardez la carte pour avoir une idée claire de l’exposition du terrain.

Risque important sur mon école primaire = prudence !
La loi ELAN de 2020 impose au vendeur de vérifier le niveau d'exposition d’une parcelle constructible au moment de sa vente :
Si le risque est faible ou nul → le vendeur n’a aucune obligation particulière, mais beaucoup de constructeurs recommandent quand même de réaliser une étude de sol.
Si le risque est moyen ou fort → le vendeur doit fournir un diagnostic de sol au moment de la vente chez le notaire → vous savez donc à quoi vous en tenir avant de signer.
Je veux construire dans une zone à risque
Oui, on peut construire sans problème sur des sols argileux. À condition d’adapter le bâtiment !
La réglementation impose notamment des fondations plus profondes et renforcées, l’interdiction de certains aménagements et toute une série de précautions pour stabiliser l’humidité du sol (gestion de l’eau, matériaux adaptés, distance avec la végétation…).
Bref : si votre terrain est exposé au risque, ce n’est pas un no-go, mais un point à prendre très au sérieux dès le départ pour éviter les mauvaises surprises.
Je vis dans un bien à risque
C’est là que ça se complique un peu. Quand on achète une maison, difficile de vérifier l’état des fondations — même avec les plans.
Avant de se lancer dans de gros travaux, il y a déjà des gestes simples à mettre en place :
bien gérer les eaux (évacuation, fuites…)
éloigner la végétation (les racines peuvent aller très loin)
stabiliser l’humidité autour de la maison (drainage, trottoir périphérique, membranes…)
Si les dégâts sont déjà visibles, si votre maison est fissurée, alors il faut se tourner vers son assureur et sa commune :
Les réparations peuvent être indemnisées… à condition que le risque ait été reconnu “catastrophe naturelle” sur votre commune. Et que vous ayez souscrit une assurance de dommages aux biens ! La franchise est de 1520 euros.
Sinon, ça devient plus compliqué, et les travaux (souvent lourds et coûteux) restent à votre charge.
Bonne nouvelle quand même : depuis fin 2025, l’État teste dans plusieurs départements un fonds de prévention pour financer des diagnostics et des travaux (notamment pour les maisons peu ou modérément fissurées).
L’idée : agir avant que les dégâts ne s’aggravent — parce que réparer après, c’est souvent beaucoup plus cher.
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