Pesticides, PFAS, cadmium… chaque année, on découvre un nouveau truc inquiétant caché dans notre alimentation. Cette fois, le sujet concerne l’hexane — un dérivé du pétrole utilisé massivement dans l’industrie agroalimentaire.
Les enjeux
L’hexane, ou C6H14 pour les intimes, est un produit issu du raffinage du pétrole.
Inutile à la fabrication de l’essence, il était autrefois brûlé dans des torchères.
Puis, dans les années 1930, l’industrie agroalimentaire lui a trouvé une autre utilité : ses excellentes propriétés dégraissantes. Concrètement, il est utilisé pour extraire davantage d’huile des graines de colza ou de tournesol.
Et ça marche très bien. Un simple pressage mécanique des graines de colza ou de tournesol permet de récupérer 89 % de l’huile qu’elles contiennent, contre 97 % en les plongeant dans un bain d’hexane chauffé.
Ce procédé améliore aussi la séparation de l’huile (destinée à notre alimentation) des tourteaux (résidus solides issu de l’extraction de l’huile et utilisés pour nourrir les animaux d’élevage).
Résultat : poules, vaches et cochons consomment des aliments contenant des traces d’hexane. Et comme nous mangeons ensuite ces animaux, cette matière issue du pétrole finit indirectement dans nos assiettes.
Autrement dit, les résidus d’hexane ne se retrouvent pas seulement dans certaines huiles végétales mais aussi dans plusieurs produits issus de l’élevage.
Un récent rapport de Greenpeace France ainsi qu’une étude, menée notamment par l’INRAE et l’université d’Avignon, ont retrouvé des traces d’hexane dans plusieurs produits du quotidien.

Dans les deux analyses, la moitié ou plus des produits testés — environ une cinquantaine — présentaient des traces d’hexane.
Le journaliste d’investigation Guillaume Coudray révèle, dans son livre De l’essence dans nos assiettes, l’hexane serait aussi présent dans la lécithine de soja ainsi que dans des produits cosmétiques.
Quels risques ?
Quoi ? Manger de l’essence serait mauvais pour la santé ?!
Eh oui ! Quand notre organisme absorbe de l’hexane, le foie tente de s’en débarrasser en le transformant en un autre composé chimique (le “2,5-hexanedione”) qui se révèle très toxique.
Un rapport parlementaire publié en début d’année résume les principaux risques associés à l’hexane, qu’il soit ingéré, inhalé ou mis en contact avec la peau :
C’est un neurotoxique avéré, suspecté de favoriser certaines maladies neurodégénératives dont potentiellement la maladie de Parkinson. Un point soulevé dès 2014 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES).
Il est également suspecté d’être reprotoxique, avec des effets potentiels sur la fertilité.
Face à ces inquiétudes, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a récemment classé l’hexane comme “substance très préoccupante”. Une première pour un solvant utilisé dans l’industrie agroalimentaire.
Le problème, c’est qu’on manque encore d’études pour déterminer précisément à partir de quelle dose l’hexane devient dangereux au quotidien. Cette incertitude empêche, pour l’instant, son interdiction pure et simple…
Que dit la loi ?
Eh bien pas grand-chose, justement.
Le règlement européen sur le sujet remonte à…1996 ! L’ancêtre de notre actuelle Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) déterminait alors le taux acceptable d’hexane dans les aliments à 1 mg/kg.
Depuis, l’EFSA a estimé indispensable de réévaluer la sécurité de ce composant. Une mise à jour est prévue pour 2027.
Autre problème (de taille) : l’hexane n’est pas considéré comme un ingrédient, mais comme un “auxiliaire technologique”. Il n’apparaît donc pas sur les étiquettes. Impossible pour les consommateurs de savoir quels produits en contiennent.
Concrètement, je fais quoi ?
Il existe quelques solutions pour limiter son exposition à l’hexane :
Remplacer les huiles de tournesol et de colza par de l’huile d’olive → Plus chère, mais dont la confection ne nécessite pas d’hexane.
Privilégier les huiles artisanales → Elles n’utilisent généralement pas ce procédé industriel.
Acheter bio → L’hexane est interdit dans la préparation d’aliments biologiques, que ce soit dans les huiles ou dans la nourriture pour les animaux d’élevage.
Soutenir les actions qui demandent son interdiction dans l’alimentation → Comme signer cette pétition par exemple.
Ces alternatives coûtent souvent plus cher. En attendant une éventuelle évolution de la réglementation, éviter l’hexane revient donc souvent à devoir mettre davantage la main au portefeuille…
Des alternatives biosourcées commencent heureusement à émerger. Des chercheurs de l’INRAE, de l’université d’Avignon et du chimiste Pennakem travaillent par exemple sur le projet EcoXtract, qui vise à remplacer l’hexane par un solvant sans pétrole.
De quoi remettre l’essence à sa juste place (et encore, plus pour longtemps) : dans le moteur de nos voitures plutôt que dans nos petits estomacs !
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