Nous sommes de gros mangeurs de poissons. Les Français en avalent chacun plus de 21 kg par an. Réputés meilleurs pour la santé que la viande, les produits de la mer ont envahi nos assiettes.
Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle :
1 poisson sur 3 est victime de surpêche — parmi les 80 millions de tonnes de poissons pêchés chaque année dans le monde. Ça monte quasiment à 2 poissons sur 3 en Méditerranée.
1 poisson sur 5 est issu de la pêche dite “INN” (Illégale, Non déclarée et Non règlementée). Un business noir aux effets dévastateurs : déclin d’espèces marines fragiles, effondrement des moyens de subsistance des pêcheurs locaux, travail forcé à bord des navires…
Si la demande a explosé — la consommation de poissons et crustacés a doublé en un demi-siècle — les réserves halieutiques s’effondrent.

Évolution de la surpêche depuis les années 70
Bref : il y a urgence à consommer moins et mieux.
Pas si facile, car “ derrière le poisson que nous consommons se cache souvent une industrie opaque minée par le manque de traçabilité et l’absence de durabilité”, affirme Elodie Jolivet, porte-parole de la Fondation de mer.
Le premier réflexe, idéalement, serait d’arrêter d’en manger.
Mais si vous n’êtes pas encore prêts, vous pouvez quand même réduire votre impact en changeant vos habitudes.
Pour le savoir, je suis allé à la pêche aux conseils auprès de trois spécialistes :
Philippe Vallette, fondateur Centre de la mer Nausicaa
Elodie Jolivet, porte-parole de la Fondation de mer
Esther Dufaure, cofondatrice de l’ONG Seastemik
Je fais quoi ?
Réduire → En consommer entre 10 et 12 kg par an et par personne. Autrement dit, diviser par deux notre ration moyenne ! Ça revient à six portions par mois.
Diversifier → Au lieu de s’enfermer dans le trio saumon-thon-cabillaud, qui intensifie l’épuisement des stocks 👇

Source : Enquête Harris Interactive (2025)
Changeons nos habitudes, osons des espèces moins prisées (soyons fous !) : raie, rouget, merlu, mulet, maigre, tacaud, merlan, grondin, sardines… Mais aussi les algues, les coquillages ou des huîtres élevés en France.
Manger de saison → Suivre le cycle de reproduction propre à chaque espèce, pour lui permettre de se renouveler.
C’est plus compliqué que pour les fruits et légumes, car la saisonnalité dépend aussi de la zone géographique.
Le plus simple : demandez conseil à votre poissonnier. Vous pouvez aussi croiser ses infos avec des calendriers de saison (comme celui du ministère de l’Agriculture ou nos carrousels Instagram dispo ici).
Fuir les espèces les plus problématiques.
Comme le saumon : 99 % de celui que vous achetez provient d’élevages le plus souvent intensifs — synonymes, pour l’ONG Bloom, de catastrophe écologique et sanitaire.
“Dans les élevages intensifs, les maladies, les traitements contre les poux de mer, la densité font que le taux de mortalité est énorme. Les Norvégiens exportent des saumons malades ou blessés qui devraient être interdits à la vente”, dénonce Esther Dufaure.
Deuxième argument : les saumons importés de Suède et de Finlande sont contaminés à deux polluants éternels (PFOA et PFOS) cancérigènes.
Évitez le thon et la crevette, car les ONG considèrent leur production comme nocives pour l’environnement et les populations locales.
Surveiller la provenance → J’en ai fait l’expérience au supermarché près de chez moi. Sur un emballage de dorade grise, l’étiquette indiquait “pêché en FAO 27”.
Ça fait référence à la zone de pêche FAO où a été capturé le poisson. Bonne pioche : dans cette zone 27 (Atlantique nord) 80 % des stocks sont exploités de façon durable.
Ce n’est pas le cas partout. Mon conseil : préférez les zones proches de nos côtes comme la 27-VII (Manche) ou la 27-VIII (Golfe de Gascogne).

Bref : lisez les étiquettes !
Regarder la technique de pêche utilisée → Un deuxième coup d’œil sur l’étiquette permet de savoir si ma dorade grise a été prise dans les filets d’un chalutier. En très résumé :
✅ engins “dormants” (lignes, casiers, nasses, etc)
❌ engins “traînants” (senne, chalut, etc)
Limiter les produits transformés → La majorité des poissons que nous mangeons ont subi une double transformation : séchage, découpe, cuisson, conditionnement, salage, fumage, marinade, plats préparés… etc.

Problème : pour ces produits omniprésents en rayons, il n’y a aucune obligation d’étiquetage, dénonce Elodie Jolivet. Il est donc impossible de déterminer l’espèce, l’origine ou l’engin de pêche utilisé de… 38 % des produits de la mer transformés vendus en France !
Ne pas faire aveuglément confiance aux labels → Pavé de saumon certifié ASC (aquaculture responsable), crevettes bio d’Equateur certifiées AB (agriculture biologique), dos de cabillaud islandais certifié MSC (pêche durable)… selon Bloom et Seastemik aucun de ces labels ne garantit en réalité une pêche durable.
“Le label MSC, lancé par le WWF, a le mérite d’exister, nuance Philippe Vallette, mais il certifie en grande partie des pêcheries industrielles qui paient directement les organes de certification.”
En résumé
Manger du poisson durable peut vite tourner au parcours du combattant. Courage, on est ensemble dans cette galère.
Le mieux est d’aller chez des poissonniers qui soutiennent la pêche artisanale. Qui savent où, comment, et quand ont été pêchés leurs poissons.
Sinon, il existe des bons plans en ligne :
Le guide WWF sur les produits de la mer signale les espèces à valoriser et celles à éviter. Bien utile avant d’aller chez son poissonnier !
La carte de la pêche locale de l’association Pleine mer permet en un clic de savoir où acheter (y compris en Île-de-France) poissons, coquillages et crustacés issus de la pêche artisanale.
La boutique en ligne Poiscaille propose des produits de la mer ultra-frais, fournis par des pêcheurs côtiers français équipés de bateaux de moins de 12 mètres. Livraison partout en France sur abonnement ou à la carte. Les prix sont certes 20 % au-dessus du marché, mais ça permet de leur garantir une juste rémunération.
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