

Bonjour c’est Vincent,
Cette édition de notre newsletter que vous découvrez est la dernière de l’aventure 2050NOW.
Et je vous dois quelques explications.
En septembre 2023, nous avons eu la chance formidable de pouvoir expérimenter une autre façon de parler de l’écologie, sans culpabilisation, sans biais militant, sans injonction morale.
Mais avec des convictions bien accrochées : c’est en nous tenant au plus près de la science et en éclairant les solutions, individuelles et collectives, que nous aurons le plus de chance de convaincre et d’entrainer une large majorité dans l’action.
Un triptyque éditorial a guidé nos premiers pas : “Compréhension, Solution, Action”.
Avec un ton résolument joyeux, des chiffres et des ordres de grandeurs puisées aux meilleures sources de la connaissance, de l’exigence et une recherche de sens permanente.
Une humilité constante, enfin, devant nos contradictions, sans jamais minimiser la gravité du réchauffement climatique ni la destruction de la biodiversité.
Nous avons toujours cru aussi que l’entreprenariat, l’innovation et l’entreprise sont, et seront, les forces majeures de la transformation.
Nous avons mis en lumière des initiatives marquantes, sans greenwashing et sans demander à tout le monde d’être parfait, mais en valorisant celles et ceux qui se mettent enfin sur la bonne trajectoire.
C’est sur cette ligne éditoriale que vous avez rejoint une communauté qui n’a cessé de grandir :
plus de 325 000 abonnés sur Instagram, YouTube et TikTok
plus de 18 000 abonnés à cette newsletter, avec un engagement record
Notre petite équipe a réalisé des prouesses à travers des formats vidéos innovants sur les grandes plateformes sociales, publiant près de 1000 vidéos et cumulant plus de 171 millions de vues en un peu plus de deux ans.
Une sacrée performance, réalisée en peu de temps, et en rejetant les carburants si délétères du Web : l’indignation, l’insolite et l’anathème toxique...
Nous croyons plus que jamais à la puissance et à la radicalité de la modération.
Alors pourquoi s’arrêter ?
Dans un contexte économique général sensiblement dégradé et des temps très difficiles pour les médias, notre petit lab éditorial grand public demeure fragile et n’a pas viabilisé son modèle économique à ce stade.
Tout ne s’arrête pas : nos offres professionnelles payantes — GreenUnivers, dédiée à la transition énergétique, et WARM, consacrée à la géopolitique à l’heure des transitions — vont poursuivre leur route et leur développement.
Merci à vous, d’abord, chères lectrices et chers lecteurs. Vos centaines de messages nous ont sans cesse encouragés à mieux faire.
Merci à notre comité scientifique et aux dizaines de chercheurs qui nous ont accompagnés sans jamais compter leur temps. Vous nous avez beaucoup appris.
Je veux enfin saluer notre équipe, c’était une aventure professionnelle mais aussi humaine formidable.
Un dernier mot : je suis sûr que cette version grand public de 2050NOW va en inspirer beaucoup et, qui sait, permettre à d’autres d’inventer une suite à cette belle aventure éditoriale.
L’habitabilité de notre planète doit être notre horizon commun.

L’équipe 2050NOW au complet (oui, on aimait bien dessiner sur les murs)
Au sommaire
⚱️ Retour à la terre
📚 Reclus relu
🔥 Une idée à chaud
🥛 Derrière le prix du lait

La rubrique pour vivre mieux
Comment être écolo… jusqu’au bout

Salut, c’est Pauline 👋 En avril dernier, mon reportage dans la forêt sanctuaire de Muttersholtz, en Alsace, vous a beaucoup fait réagir — et je dois avouer que je ne m’y attendais pas du tout ! Comprenez-moi : parler de la mort et de ce qu’il advient de nos corps n’est pas considéré comme un sujet très fun.
Et pourtant, vous avez été nombreux à saluer l’initiative et poser de (bonnes) questions : Peut-on vraiment se faire enterrer en forêt ? Se faire composter ? Est-ce légal ? Plus écologique ? Plus cher que des funérailles classiques ?
J’ai donc demandé à notre journaliste Thibaut d’enquêter sur ces nouvelles façons de retourner à la terre, qui bousculent profondément notre rapport à la mort (et à la vie) 👇
Les enjeux
Un enterrement classique émet en moyenne 833 kg de CO2 (soit l’équivalent de 4000 km parcouri en voiture), selon une étude menée par les services funéraires de la Ville de Paris. Le bilan peut monter encore bien plus haut avec un monument funéraire.
Les sols des cimetières sont aussi chargés en polluants : formol, vernis, métaux, vêtements synthétiques, résidus de putréfaction, métaux lourds, ou même bactéries et virus…
La crémation fait mieux, mais elle n’est pas neutre. La combustion à très haute température consomme des énergies fossiles — à tel point que son bilan carbone monte à 233 kg de CO2 — et rejette des particules fines.
En France, seules ces techniques sont autorisées. Les alternatives doivent donc se frayer un chemin dans cet espace réglementaire étroit.
Première option : l’enterrement écologique
Ivry-sur-Seine, Niort ou Thiais proposent désormais des “espaces écologiques” dédiés aux funérailles.

Le cimetière naturel de Souché, à Niort 👆
Ici, pas de soins mortuaires très polluants ni de matériaux superflus. On privilégie des cercueils en bois brut, sans vernis, et une place plus importante est laissée à la végétation. À Ivry, on trouve même des stèles en bois.

Résultat → un bilan carbone réduit + un coût inférieur d’environ 20 % à une concession classique.
Encore un cran au-dessus, il existe les forêts sanctuaires — concept que j’ai découvert au cours de mon fameux reportage — où les urnes funéraires sont enterrées directement au pied des arbres, dans des espaces forestiers dédiés.
L’idée est intéressante à double titre :
Ces lieux permettent de créer ou préserver des zones de nature à proximité des villes.
Contrairement à une forêt classique, leur sanctuarisation protège durablement les arbres : ils ne peuvent ni être coupés ni exploités pour leur bois. Autrement dit, on crée des espaces naturels protégés pour des décennies, voire des siècles.
Repenser les cimetières comme des espaces davantage végétalisés pourrait avoir un impact considérable. La France compte près de 40 000 cimetières → s’ils étaient tous transformés en forêts, cela reviendrait à végétaliser l’équivalent de deux fois la superficie de Paris 🌳
Le frein principal de ces options reste leur manque de visibilité. Ces espaces sont encore peu connus et souvent sous-utilisés.
Et surtout, ils ne révolutionnent pas totalement la logique de l’inhumation. L’emprise au sol reste similaire, voire plus importante, puisqu’il faut aussi préserver de l’espace pour la végétation.
Deuxième option : la terramation
Une alternative encore plus radicale existe : la terramation. L’idée ? Permettre au corps de retourner pleinement au cycle du vivant, plutôt que d’être enfermé dans un cercueil ou réduit en cendres.
Elle évite l’usage de produits chimiques, limite fortement les émissions de CO₂ et ne mobilise pas d’infrastructures énergivores. Mieux encore, l’humus obtenu peut enrichir les sols et soutenir la biodiversité au lieu de la dégrader.
Mais elle pose des défis techniques, sanitaires comme réglementaires.
Elle prend aujourd’hui trois grandes formes, comme l’explique Damien Charabidze, professeur de biologie à l'Université de Lille et directeur du projet de recherche F-compost (et que nous avons interviewé sur le sujet en vidéo) :
La terramation hors-sol et contrôlée → Le corps est placé avec des matières végétales dans un cocon ou dans un sarcophage à l'atmosphère contrôlé (température, humidité, mouvements réguliers).
En un mois, bactéries et micro-organismes transforment l’ensemble en humus — seuls les os subsistent, avant d’être réduits en poudre. C’est la méthode la plus rapide et la plus maîtrisée sur le plan sanitaire, mais elle reste limitée à quelques structures, notamment aux États-Unis et en Allemagne.
La méthode belge, appelée humusation → Le corps, enveloppé dans un linceul, repose sur un lit végétal recouvert de paille, copeaux et déchets verts. On humidifie, puis on laisse la décomposition suivre son cours pendant plusieurs mois. Cette méthode reste expérimentale, et ses conditions optimales sont encore étudiées.
L’approche “humo sapiens” → C’est l’option la plus proche d’une inhumation classique, défendue en France notamment par l’association Humo Sapiens. Le corps est placé en terre, sans cercueil, où il se décompose naturellement en 1 à 2 ans. Les résidus sont ensuite dispersés dans un jardin du souvenir, souvent planté d’arbres (pas de tomates bien sûr !).

⚠️ En France, la terramation n’est pas autorisée pour l’instant, puisque le cercueil reste obligatoire.
Mais le sujet avance.
Une étude a conclu qu’une évolution législative serait possible sans révolutionner la législation (le Code funéraire). La députée Élodie Jacquier-Laforge proposait même en 2023 un amendement pour permettre l’humusation humaine à titre expérimental.
Et des expérimentations sont en cours à Bordeaux et en région parisienne sur des carcasses animales afin d’évaluer les effets sur les sols et les nappes phréatiques.
Preuve que, même sur ce sujet hautement sensible, les lignes commencent doucement à bouger.
Concrètement, je fais quoi ?
💬 D’abord, j’en parle autour de moi. Parce que oui, parler de la mort, c’est aussi parler d’écologie. Et mettre ces sujets sur la table permet de faire émerger, et d’encourager, des alternatives plus respectueuses du vivant, comme la végétalisation ou la naturalisation des espaces funéraires.
📍 Si se faire inhumer dans une forêt vous intéresse, vous pouvez explorer la carte des forêts sanctuaires afin de repérer la plus proche de chez vous (et vous renseigner auprès de sa mairie).
📚 Pour nourrir votre réflexion, voici quelques ressources intéressantes :
Funérailles écologiques → Un guide pratique sur les alternatives funéraires plus respectueuses de l’environnement
Chroniques de mon crématorium → Le témoignage d’une croque-mort américaine qui milite pour repenser nos rites funéraires.
Les Charognards → Une enquête sur les dérives du business funéraire.
A Will for the Woods → Dans ce documentaire, l’Américain Clark Wang raconte son choix, et son chemin vers un enterrement naturel.
Terramation, forêts sanctuaires, humusation, don d’organes… Au final, ces alternatives interrogent nos pratiques funéraires, mais aussi notre rapport intime à la nature.
Mourir autrement, c’est aussi imaginer une place différente pour nos corps après la vie : redevenir une ressource vivante plutôt qu’un déchet à gérer. Ou comment boucler la boucle d’une vie (écolo) bien remplie.
📌 Retrouvez toutes les sources utilisées pour écrire cet article dans cette page.

Pour un job qui vous ressemble
Chargé·e de mobilisation citoyenne — Canopée — Angers (49) : Chez Canopée, association devenue incontournable sur les enjeux forestiers, vous serez au cœur de la mobilisation citoyenne (animation du réseau de bénévoles, organisation d’événements et structuration des communautés de soutien). Si vous aimez autant fédérer que faire avancer des combats écologiques, ce poste pourrait bien être pour vous !
Technicien·ne surveillance de qualité de l’air — Atmo — Bron (69) : Et si votre boulot aidait concrètement des millions de personnes à mieux respirer ? Chez Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, vous installerez et entretiendrez les capteurs qui mesurent la pollution de l’air, afin de produire des données fiables pour éclairer les décisions publiques. Un job parfait pour celles et ceux qui aiment le terrain, la technique et les missions qui ont du souffle.
Chargé·e de mission engagement — Mountain Wilderness — Grenoble (38) : Protéger la montagne, ce n’est pas seulement chausser des crampons : c’est aussi mobiliser toute une communauté. Mountain Wilderness, référence sur les enjeux de préservation des massifs français, cherche une personne pour structurer son réseau de bénévoles, animer ses délégations et renforcer l’engagement associatif.

On s’aère les neurones
Devenons beaux et que notre vie soit belle !

Avez-vous déjà éprouvé de l’affection pour quelqu’un né deux siècles avant vous ? Si ce n’est pas encore le cas, Élisée Reclus pourrait bien changer la donne.
Ce livre retrace le parcours et la pensée visionnaire de ce géographe et militant écologiste du XIXe siècle — qui écrivait (déjà !) sur l’impact de l’Homme, les ravages de l’élevage intensif, le surtourisme, l’individualisme et la privatisation de nos biens communs.
Le tout avec une plume qui mêle rigueur scientifique, émerveillement et attention au vivant. Une lecture qui fait du bien et accessible (testée et approuvée dans le métro parisien).
Élisée Reclus et la solidarité terrestre, Roméo Bondon, Éditions du Passager Clandestin, 2025, 12 euros

Une question qui envisage le monde autrement
Et si… on nommait les canicules ?
Le débat ressurgit presque chaque été. Nous donnons déjà des prénoms aux tempêtes, cyclones et ouragans — Alex, Xynthia et tant d’autres — pour mieux alerter les populations. Alors pourquoi les vagues de chaleur, pourtant parmi les événements climatiques les plus meurtriers, resteraient-elles anonymes ?
À Séville, la question n’est plus théorique. Les canicules les plus extrêmes sont baptisés depuis 2022 afin de mieux marquer les esprits et d’accélérer les réflexes de protection.
Et vous, comment auriez-vous nommé la vague de chaleur de juin 2026 ? On attend vos suggestions par retour de mail ✉️

Il se passe quoi au bureau cette semaine ?
Le juste prix
Pour vivre correctement de son travail, Thierry devrait être payé 0,54 € par litre de lait. En réalité, il touche 0,49 €. Un écart qui peut sembler minime mais qui pèse lourd à l’échelle de sa vie et de son exploitation.
Pour mieux rémunérer les producteurs, “C’est qui le Patron ?!” propose des bouteilles de lait plus chères, afin que la valeur profite davantage aux éleveurs qu’aux distributeurs 👇
Vous nous écrivez
Mais cette fois, c’est moi (Pauline) qui vais prendre la plume.
Je ne vous cache pas que je suis triste de voir l’aventure 2050NOW s’arrêter. Ce fut un vrai plaisir de vous écrire, de creuser des sujets passionnants et, surtout, de lire vos messages, vos encouragements et vos réflexions, qui ont souvent nourri notre travail ces derniers mois.
Merci sincèrement de nous avoir suivis, et d’avoir fait vivre cette newsletter !
Et pour les nostalgiques ou les retardataires, l’ensemble des newsletters restera accessible ici : https://www.2050now.com/
Un avis sur cette newsletter ?
Cette édition a été concoctée par : Maëlys de la Ruelle, Thibaut Schepman, Paulin Viguier et Pauline Vallée (référente éditoriale).
Rédactrice en chef 2050NOW : Aude Baron. Directeur général 2050NOW : Vincent Giret.




